ET L'ŒIL EN LUMIERE DANSE

Six poèmes extraits de Fiction Fragile du désir

(à paraître en 2019 aux éditions Tarabuste)

Pourquoi la nuit pourquoi le ciel pourquoi les nuages pourquoi le chant pourquoi le désir pourquoi le temps ? pourquoi les rêves pourquoi le noir pourquoi la pierre pourquoi le vent pourquoi l’ange ? jamais ne s’ouvre le corsage de la nuit pour qui n’ose affronter le blanc de l’œil ni le creux du noir ni l’extrême du souffle dans la nuit vacante jamais la couleur des songes jamais les nuages jamais la confiance de l’océan jamais la figure d'une journée précieuse (l’énigme notre rituel) route d’argile raisin mûr entre l’oubli et le vertige au cœur de lune lumineuse improbable lune rousse lune noire corps chancelant sous les larmes page qui se tourne dans un silence de mica route qui défile échappée du livre arc-en-ciel aux aguets page qui se tourne au fil du vent solennelle en libre allégeance main étrangère subversive complice de l’eau complice des cendres complice du souffle signe offensé salive dénouée les yeux le corps la voix blanche matrice enfant lumineuse miséricorde sourire dans l’air du temps dans l’innocence du volcan dans l’innocence de l’océan dans l’innocence du chant et la quadrature du globe une porte s’ouvre dans le lit des présages.




Mystère écho sourire au bord du noir frémit la lumière frémit l’émouvance d’une inconnue dans le miroir de la nuit dans le désir qu’étreint le vent le désir qui marche sans souci du chemin dans l’ombre dans les rêves qui passent les frontières les limites de la nuit les rêves qui embrasent la mer embrasent le chant pour que le jeu du monde se pose dans ta main et que soit une parole sur la pierre défiant le temps parole de sable qui défie l’horizon parole d’ange parole de chaise vide parole du vent parole d’os et de secret parole de silence parole sans crainte parole de neige parole dans la main parole sous le ciel où se jouent les rêves parole sur nos paupières oui langue arrachée parole disloquée à contre-chant dans la douleur quand les dieux tonnent et foudroient l’homme blessé dans l’absolue créance d’un visage elle blanche1 sur le seuil embrasé l’œil dans le lit de la foudre poème sur la ligne des métamorphoses le jour sous les paupières silence noir filigrane indéchiffrable la main du désir dans la nuit attise une langue.



L’innocence la lumière une main sur un visage une persienne sur l’éclat du monde le vent soulève la nuit l’enfance décroche les nuages vienne une voix fertile le temps déborde peu importe que le destin ne tienne qu’à un fil les yeux s’émerveillent dans le bois dormant du monde la main du désir repousse les murs un oiseau se défroisse les ailes musique joyeuse émergence de lunaisons tranquilles ainsi commence le prodige Eurydice sur le drap du jour un souffle pour l’éloge et la joie des oiseaux migrateurs l’ange éveilleur complice du mystère nocturne l’œil et l’oreille tendus aux signes conscience hors temps couleur radiante musique et lumière à discrétion constellation ignée dans la ferveur d’Orphée nombre en sésame sur l’espace mental où s’irradient l’image et l’œil en lumière-danse ami de la paille et du feu quelle bouche clairvoyante parle en toi quelle bouche quel œil aux îles millénaires pour affronter l’abrupt quel os quelle peau dans le combat solaire ?


Parler de l’homme est tâche mortelle dans le soulèvement du ressac mais l’œil flotte sur l’écume qui a la profondeur de la matière en laquelle frémit l’os de l’origine et l’ombre ne dit rien de la corruption du corps en radiante insomnie archives déjantées dans la direction du matin mais rien ne justifie l’indécision du dieu plus léger que la feuille perdue dans la poussière et les larmes remugle de la perdition derrière le rideau du théâtre iode et sargasses dans la démesure méduse insidieuse dans la nuit octopus irrémédiable non vous ne rêvez pas le sillage sur la mer a des langueurs assassines terrifiant2 terrifiant tout ange est terrifiant pression divine visage subjugué la mort tendrement dès l’origine en savoir infini des jours parmi les fleurs les arbres les étoiles de l’été l’attente en prodigalité des fontaines silencieusement la volupté sur un tapis indicible toutes choses dans la joie la douleur sibylles et prophètes une chouette sur le Nil2 fleur illusoire du destin funèbre l’enfant émerveillé dans la constellation.



Ferveur louange déjà pour l’enfant éperdu en souci de lumière dans le jardin d’Orphée image vacillante sur l’eau irisée brise brise dans le jardin miroir des eaux Narcisse sous le geste tendre du saule visage inconnu comme reflet d’astre au miroir sourire d’ange souffle coupé frisson dans les paumes la joie l’offrande d’une rose dans le matin vénéneux feuillages innocents mais oiseaux ironiques et géodes meurtries Narcisse titube dans le désir vagues enflammées paupières sur l’or du monde épiphanie de l’aurore patience du souffle ciel insaisissable soleil d’oracle main ouverte parole close dans les lignes nudité de l’esprit chants du désir dans les hautes sphères couleur en amplitude du fruit naissance de la profondeur sous l’écran l’ordre initie le théâtre sacramentel des méditations allégeance dans l’entrebâillement du ciel un papillon une épée de feu étoile attentive musiques secrètes lumière en humble silence dieu inconnu la nuit brasse des syllabes apocryphes est-ce ainsi vie possible ?



Et la transparence des murs ? une main dans l’air fait signe et s’ouvre une vie neuve lumière décisive murmure d’océan floraison de lys complicité des étoiles sur le miroir élan des yeux à l’assaut des falaises page tournée sur la profondeur du silence étincelles jaillissant sur l’horizon Viviane manie la pourpre Mélusine à la source va savoir pourquoi Léda le don du jour les caprices l’improbable certitude le cygne sur la rivière les robes du désir filigrane échappé d’un livre le bleu du ciel résonance imprévue dans l’air du temps l’oiseau insoumis sur la ligne des questions sans réponse l’oiseau rieur arcanes dans l’encre des métaphores mots de neige dans le bazar nocturne rumeur des planètes innocence des enfants dans les ruines ferveur de l’océan dans la nuit diamante l’ombre en toi la fragilité lucide l’ange cœur submergé l’enfance frémissante l’insomnie roule sa ferveur une main dans l’air module un chant ciel immense sur les eaux où sombre un cœur neiges de l’oubli au revers des paupières ton double dans l’effacement de tout rêve franchit la porte de l’instant.



Rougeur sur la langue nuit souveraine et le sens des mots se déchire sans fin l’air byzantin sous la voûte avec chardons reflets en surcroît au fond des yeux éclipse double dans l’intensité nudité bleue sur la trajectoire d’une langue fissurée souterraine dans l’arrière-monde aux mouvements silencieux de la naissance et de la mort entre les dents est-ce mirage ou signe de phénix dans l’ombre ? suspens dans l’irrémédiable sur le brasier de la nuit et blanche découverte dans le sillage des flammes quand le temps est vertu de se livrer nu transfigurant la disparition du corps décrochement des signes en ruissellement de la démence infiniment fulgurante selon le vif du jour bouleversé soleil désarçonné au bord d’un orage rituel abrupt corps strident souffle dans l’œil en prémices des mots futurs dans l’ultime rebond de la phrase hors les murs de la mort poignante dans un solstice de papier qui résiste à la prédiction d’un éclat parjure dans l’abjection des lèvres en friche qui s’ouvrent à une impossible déflagration dans le chaos imprévisible des signes sur la ligne brisée des rochers où se jouent les rêves.



Naître encore est toujours actuel la mémoire des glaises fermente les salamandres viennent s’abreuver au lavoir de la miséricorde printemps vénusien sur la terre gaste rideaux tirés sur les proverbes inutiles au bois des connivences et le singe de la mélancolie partit à l’ascension des pyramides du savoir métamorphose une vie neuve l’océan dans le ciel la mémoire est sans fond bouche d’ombre l’obscur est bruit encore dans la gorge et le vent mémorise la langue des morts le bras qui se levait retombe dernier battement d’ailes en douleur solaire hors loi des œillères et s’y brûle un cœur en voix de terre où passe l’abîme le feu le feu et celle qui marche dans l’incendie fiancée de foudre dans la fontaine de vie sur la berge d’un autre temps conscience aiguisée cendres insouciantes neige dansante amande invisible froideur des murs cristal de l’aube nuages inlassables tache de bleu sur le drap de la mélancolie clairvoyante chimère la nuit sans crainte dans la lucarne la lu-ne se coule doucement dans le lit de la fortune mais pourquoi tant d’ardeur mise au rituel des mots ?



Feu dans la langue feu dans l’esprit horizon qui se dé-ploie sur la vibration du chant fureur questionnante à contre-pied dérèglement du sens en lettres de lumière et nul souci d’autres lauriers sur l’autel où flamboie le temps énigme du dieu qui en l’homme sommeille s’élève une cantate syllabe illimitée patience devant l’inconnu traverse du monde et miracle en heure définitive ta main sur mon cœur ta main sur mon cœur balaie la poussière des siècles le jour se lève d’une nuit taciturne fleurs rayonnantes sur les marches de la tour enneigée chants et danses mystérieuses sur les épaules du siècle une main sur un visage innocence dans le chant une vie neuve paroles dans le grand in-folio de la prose rumeur des planètes le monde entier dans un œuf le vol des météores rires démons chiens maudits lumière sur l’arbre des songes une main derrière le rideau des brumes soulève des espérances un ange un loup se glisse dans la nuit le sacre dans la ferveur du sang sur le fil de l’incertitude offrande à la témérité sous un manteau d’étoiles insistante alarme aux profondeurs de l’intime les yeux se retournent vers l’intérieur.



Feuillaison sans tourment nomade est la main qui bat la mesure dans le bois sacré quelquefois le cœur bat dans l’ombre le sens des mots se délite chanson triste ou gaie le mystère des forêts le regard aiguisé sur le seuil natal dansante flamme sur le fil de la déraison bouches insomniaques brûlure dans la mémoire cendres dans le sang un œil là nous observe en bourrasque et désespoir de cause miroir de la solitude les dés conjurent l’obscur couleurs du désirs pierre angulaire les rêves l’innocence des eaux profondes le corps pavoise au seuil de la fabrique des chimères le souffle des célestes injonctions est durable dans les veines l’œil visionnaire creuse le miroir l’or aveugle n’a rien à dire au dieu caché dans le taillis le deuil a son emblème que sais-tu de la nuit des temps ? que sais-tu des racines dans la fatalité des anges familiers ? murmure des fruits dans l’arbre effondrement d’un cœur sous la main de Madame la Mort3 mère sauvage au lait amer chant sauvage des racines et danse laborieuse des ancêtres gorge en fièvre dans un hurlement de loup.



Marionnettes sous la lampe indiscrète d’un théâtre de banlieue rideau rideau sur la scène métamorphose des jeunes filles naufragées le monde tourne autour de l’œil blessé du sphinx j’appelle j’appelle la main qui ordonne le pur espace des fleurs rose angélique sur une arête de silex et voix qui s’élève sur l’avenir entrevu dans le tressaillement des noces de la gentiane et du laurier serait-ce d’une présence illicite que se dédouane le chant dans l’illusion concertante ? nuit bleue entre les draps il y eut un homme qui ne reconnut pas son visage poème en effervescence sur la rouerie des alphabets sa main saisit l’ombre sur des vestiges ensablés effacement des pages déjà tournées tourments exquis à fleur de peau l’insolence des oiseaux derrière la vitre jointures du soleil au croisement des routes œil d’agate dans la nuit souveraine pulsations dans les arabesques d’une obscure cartographie une persienne s’ouvre sur l’éclat du monde figures enluminées dont les couleurs palpitent tambour au loin danse l’indien à Manhattan bondit sur le taureau mugissant parmi les gratte-ciel remue les siècles d’un geste à l’eau de feu.



Voici dans la poussière du chemin le manteau de la Femme-du-jour-qui-se-lève voici réminiscentes les voyelles et foudre sur la bouche dans l’illégitime des marges poème à l’intérieur du théâtre des avatars sourire sur les marches du seuil et lumineuse effigie à l’encre-feu sur l’écran pariétal de notre mémoire la nuit lourde comme le poids d’un regard perdu porte un masque et tombe sur les fontaines énigme des présages rouges lettres dans le feuillage de la mort l’horizon n’a pas d’épines la bruyère est insouciante l’amour brûle les signaux trompe la surveillance des armoires dilapide des minutes des pensées sauvages des mains égarées l’implacable beauté massacre les idoles dans des bosquets de rires le soleil répand sa semence dans les crânes tandis que des cœurs battent au rythme régulier des écluses l’espoir s’enfonce dans les profondeurs de la terre sous un ciel aveugle mille et mille bouches se tendent vers la griffe d’un cri qu’affronterait l’armure des chênes l’œil dans la faille de l’enfance griffe le roc scorpions et mandarines signent le pacte d’un soleil fauve sur le chemin crucial et danse la mer dans le lit de la langue.

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