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RILKEANA

 

Extrait de Ciel renversé

 

(La Sirène étoilée, 2015)

 

 

Terrifiant terrifiant tout ange est terrifiant pression divine visage subjugué la mort tendrement dès l’origine en savoir infini des jours parmi les fleurs les arbres les étoiles de l’été l’attente en prodigalité des fontaines toutes choses dans la joie la douleur sibylles et prophètes une chouette sur le Nil parmi les étoiles silencieusement la volupté sur un tapis indicible l’enfant inscrit dans la constellation

 

amants comblés vos mains commencent les vendanges amants dans l’étreinte de l’éternité amants aux paroles gonflées du vent de l’aube dans la chambre immémoriale

 

dans le jardin miroir des eaux Narcisse sous le geste tendre du saule visage inconnu comme reflet d’astre sourire d’ange souffle coupé frisson dans les paumes le désir la peur ou la joie l’offrande d’une rose dans le matin vénéneux feuillages innocents figure légère oiseaux ironiques géode meurtrie

 

enfant émerveillé fleur illusoire du destin funèbre est-ce métamorphose? mais ferveur louange déjà pour l’enfant éperdu en souci de lumière dans le jardin d’Orphée image vacillante sur l’eau irisée brise brise dans le jardin Narcisse titube dans le désir

 

l’œil visionnaire creuse le miroir l’or aveugle n’a rien à dire au dieu caché dans le taillis le deuil a son emblème

 

sur la rive du fleuve en crue que sais-tu de la nuit des temps? que sais-tu des racines dans la fatalité des anges familiers? murmure des fruits dans l’arbre effondrement d’un cœur sous la main de Madame la Mort mère sauvage au lait amer d’une naissance en vrille chant sauvage des racines et danse laborieuse des ancêtres marionnettes sous la lampe indiscrète d’un théâtre de banlieue rideau rideau quand l’obscur résiste et gorge en fièvre dans le hurlement des loups l’espace est dissocié dans le creux de l’événement

 

terrifiant terrifiant… des morts que savons-nous? le pantin en dérisoire subterfuge...

 

oiseau faucon comme ange déluré voici de brocart l’impassible reine sur le pont brisé fille d’astre en éclat du désir au jardin Ève en gloire au tympan des vierges rose rosace sphère amicale pour l’homme intimidé les yeux d’ambre du chat question d’inconnu dans le sable de la mémoire l’ombre caresse l’enfant anis étoilé dans le royaume botanique Alice étoilée dans les eaux de la mémoire feuillages irradiants pierres souriantes sur le chemin en cercle lignage du solitaire armoiries condescendantes somnolence des rouages du temps partage des souffles le pas léger source dans le jardin sourire dans l’effusion insaisissable

 

clémente l’étrangère irradiée

 

dans les veines durable est le souffle des célestes injonctions métamorphose des jeunes filles naufragées le monde tourne autour de l’œil blessé du sphinx j’appelle j’appelle la main qui ordonne le pur espace des fleurs rose angélique sur arête de silex une voix sur l’orbite l’avenir entrevu dans le tressaillement des noces de la gentiane et du laurier

 

enchevêtré dans le regard sans origine pourquoi languir si le don est irrévocable ? quelle louange dans la douleur du violon? louange louange la fenêtre ascendante approbation du fleuve et de la montagne sur le seuil ténébreux des enfants morts vent contre vent gestes maîtrisés stèles sereines étoffes légères une main caresse l’épaule les dieux sont nôtres dans le remous de la beauté qui ruisselle quelqu’un sourit lève les yeux ne dit rien subjugué une main défaille caresse étreinte radieuse vendange dans l’air sans repentirs désir étrange des astres rayonnants terrifiant pollen pour un sang qui appelle l’aimée !

 

vent d’émeute et de plaisir vent de la connaissance infinie de la nuit de la houle du chaos

 

le cœur allégé puise une sève dans la fatalité la fleur toujours devance les décombres le nom est sur le seuil souvent les portes se ferment le front bleuté se divise le monde est courbe dans le livre les yeux refuge du geste dans la nuit l’homme sous les flèches en blessure du flanc l’acier de la douleur mais licorne au loin en essor de lune

 

est-ce place du cœur dans l’urne désaccordée ?

 

doucement doucement les choses dans le cercle de la légende et l’ange descend dans le cœur instar d’une main qui élude le fardeau cygne serein qui se dérobe image inaccomplie encore dans l’exultation Madame la Mort tient dans sa main la clef du songe rose fleur au cœur de l’homme fléché

 

de la langue tombent des écailles tends la main comme amante à l’ange de pierre ou au vitrail tambour violon clarinette bateleurs du bonheur plaqué or sur la tombe d’Horus quand la chouette étend son vol sur le Nil mélancolie du livre dans les corridors noces ambiguës dans l’invisible est-ce là ton rêve ?

 

terre terre où sont les amantes ? l’adieu apaise le regard mort sans rancœur l’ange éperdu dans les nimbes solitude solitude qui assèche le fleuve en dureté de pierre mémoire pyramidale anges momies dans les linges enténébrés visages infiniment choyés dans la mandorle

 

indicibles adieux dans la danse écho anonyme l’envolée des mains en pulsation divine sous le mirage de l’éternel fronde ou arc qui se tend en blessure d’obsidienne sous l’étreinte du volcan

 

mots les mêmes à revenir dans le cercle aux extrêmes du sang poème des roses dans l’oblique du matin l’ange au parfum d’amante oiseau sur la blessure au flanc chante chante pour l’or en tunique dans l’œil des Argonautes au défi des pierres d’amertume chante chante lance une poignée d’étoiles !

 

miroir et danse de l’athlète au-delà des chiffres une ombre sur ton visage haleine des amantes délaissées la rose des regards extase matinale mains tendues aux vendanges épaule anxieuse un dieu surgit dans la pureté du désir

 

est-ce là Orphée sonnant sur l’étain du saltimbanque? les fleurs sont les paupières des héros morts plainte des fontaines terres lapidées sentiers invisibles l’aube offerte à la démesure du cœur

 

l’ange l’ange encore toujours l’ange sur l’épaule grandeur du néant cieux inaccessibles le dieu monumental dans la profondeur du sable à jamais les amantes les amantes dans l’orbe sur le tympan de Chartres

 

chante chante dieu du fleuve en élégie pour le visage pur ! dans les mains une fleur d’éternité l’astre au cœur et dur onyx dans la nuit creuse l’attente d’une lèvre des mots en fleurs entre les dents silhouette mince glissant dans le chaos halo de lune pour le refuge la mort indicible initiale l’enfant regarde la felouque vers l’île ou de Venise les eaux dormantes l’ange acrobate du destin le pied léger d’une Gradiva ondoiement d’une robe blanche Horus Orphée se tiennent aux confins Horus Orphée se jouent de la mort.